Cynophile

Publié le par Hel

Elle était sur un pont, qui reliait VilleA et VilleB. En dessous du pont, un autoroute. Au niveau du pont, une route droite, et donc par conséquent, une route où les conducteurs aiment rouler vite.

Ma mère l'avait apperçue à l'aller, immobile, sans collier, sans laisse et sans personne à proximité. Mais, évidemment, puisque les conducteurs aiment rouler vite sur ce pont, il est fréquent que les maitres de chiens aiment promener leurs compagnons sans laisse. Evidemment. Sachant que nous allions repasser quelques minutes plus tard, elle ne s'est pas arrêtée.

Mais au retour, elle était toujours là. Nous nous sommes arrêtées sur le bas-côté. De l'autre côté du pont, à côté de la chienne, une autre voiture stationnait. Un couple, qui, également intrigués par l'animal, était en train d'appeller la police. La chienne, elle, aboyait dès que l'on se dirigeait vers elle, mais ne se levait pas.

Les policiers de VilleA sont arrivés en premier. Puis, ceux de VilleB. Le problème, c'est que le pont était un No Man's Land : Il n'appartenait ni à VilleA, ni à VilleB, mais à notre chère Capitale. Ainsi, ni les premiers, ni les deuxièmes n'avaient l'autorisation d'intervenir. Il a donc fallu attendre.

Pour attendre, on a sorti la gamelle du coffre - une gamelle en plastique de MarqueDeCroquette, que l'on garde pour les voyages. On y a mis de l'eau, et HelLaKamikaze a tenté l'expédition Approche n°5 by Chanel. Et c'est là que, j'en profite pour en parler, j'ai réalisé l'importance du language corporel. Parce que si, lorsqu'on se dirigeait vers elle, elle aboyait de suite, lorsque l'on se dirigeait vers un objet près d'elle (à tout hasard une gamelle posée à proximité, initialement sous une horde d'aboiements), elle ne se sentait pas menacée. Jusqu'à ce qu'on tourne le regard vers elle, évidemment.

Les policiers de VilleA et VilleB, eux, ils avaient pas confiance. C'était un berger malinois (encore !), et ces chiens sont des "chiens de travail", donc des chiens potentiellement dangereux. Du coup, ils faisaient tout pour rester loin, en attendant que les policier de la Capitale arrivent. Mais quand ces derniers sont arrivés, ils nous ont annoncé qu'ils ne pouvaient rien faire, et qu'il fallait attendre la brigade cynophile.

Il faisait froid, dehors. C'était en Mai, et il faisait un froid à ne pas mettre un chien dehors. Tout le monde est retourné se réchauffer dans sa voiture en attendant, sauf le couple qui est reparti. Dehors, elle tremblait. De froid, de peur, je l'ignore. Mais ça m'agaçait. L'attente m'agaçait, la trouille de ces gens m'agaçait, chaque tremblement m'agaçait. J'aurais voulu me lever, prendre la saloperie de couverture qui trainait dans le coffre, enlever cette ceinture de veste qui avait déjà servi et de choper la boule de poil dehors, qu'elle ait des trucs en forme de dents dans la gueule ou non. Au moins, ça aurait été réglé et on aurait directement pu passer à la phase vétérinaire/réorientation de la bête. Je crois que quand je serai véto, j'aurais toujours dans mon coffre de quoi récupérer un animal blessé. Genre couverture, gants, gamelle, laisse. Parce qu'attendre dans une voiture chauffée alors qu'à quelques pas, il y avait cette chienne seule dans le froid, ça m'enrageait. [Et en plus, paraît que quand on a la rage, on survit pas longtemps...]

 

Finalement, la brigade cynophile est arrivée. Un cycliste curieux aussi. Du coup, les agents se sont positionnés en demi-cercle autours de bestiole. Et là, la situation la plus pathétique possible a eu lieu. Si pathétique que j'avais tout imaginé, sauf celle-là :

Les deux agents (qui sont au dires des policiers de VilleA, spécialisés dans la récupération des animaux) sont sorti de leur véhicule, ont pris leur matériel, se sont placés côte à côte (un sublime exemple de coalition physique ?) et ont avancé d'un pas décidé vers la chienne. Chienne qui, les voyant arriver droit sur elle, a donc tout naturellement mobilisé son énergie, n'a pas pris la peine d'aboyer, s'est dressée sur ses trois pattes valides et a trottiné entre deux policiers, descendant le pont en direction de VilleA. Quand je dis "trottiner", c'est-à-dire qu'en marchant vite, il était tout-à-fait possible de la rattraper. Mais apparemment, aucun des agents présents sur le terrain n'ont trouvé l'idée intéressante, puisque d'un coup, tous ce sont agités, comme des fourmis dont la fourmillière vient d'être attaquée, avant de se précipiter dans leurs véhicules et de foncer vers VilleA, tous gyrophares allumés.

Pour reprendre notre chemin, on a dû faire demi-tour au niveau de VilleA. Les gyrophares hurlaient toujours. La chienne trottait toujours.

J'étais dégoûtée. Pour moi, qui pensait que tout irait bien. Pour eux, qui avaient poireauté dans le froid à attendre les policiers de la Capitale pour finalement devoir intervenir, pour la chienne qui était toujours blessée, toujours seule, toujours stressée. Pour les types qui ont agi ce jour-là, dont l'application de leurs compétences s'est résumée à "un chien peut mordre, alors on va mettre un bras replié devant le visage et avancer tout droit sur lui", et sera la seule chose que j'ai connu et retenu d'eux jusqu'à ce jour.

C'est bête. Sans mauvais jeu de mots.

Et ça m'énerve encore.

 

.~*Hel*~.

 

PS : Quelques images de la bête...

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Publié dans Rencontre

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